Journée spéciale aujourd'hui, les blogs sont invités à parler de changement climatique...
Vaste sujet, pour quelques liens donnant plus d'information vous pouvez retourner à cet ancien
post sur Kyoto. A moins que la curiosité ne vous amène à consulter les
cartes du futur réalisées par Science & Vie, outil idéal pour choisir l'emplacement de votre future maison...
Pour l'occasion, je vous laisse avec une vieille tortue qui a bien du souci à se faire, entre la montée des eaux,
l'acidification des océans et toutes ces choses bizarres qui débarquent dans son île...
Il y avait une tortue et il y avait une île. La tortue nageait dans le grand océan et aimait se reposer dans l’île. Elle laissait le soleil chauffer sa vieille carapace en devisant avec les
palmiers. Puis, quand elle était bien sèche, elle retournait se jeter dans les flots. Ne croyez pas qu’elle faisait cela n’importe comment! La tortue avait ses habitudes. Elle se plaçait au pied
du grand palmier, là d’où il faut exactement 10 pas pour atteindre l’eau. Elle respirait un grand coup et s’élançait de toutes ses forces vers les vagues en comptant très
fort.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10! L’eau salée venait lui chatouiller les pattes.
C’était là un rituel immuable, appris de sa mère qui le tenait elle même de sa mère et ainsi de suite jusqu’à la première de toutes les tortues. Elle même l’enseignait à ses enfants juste avant leur grand départ pour l’océan. Pourtant d’années en années la tortue a le sentiment diffus que le dix rétrécit un peu. Et voici qu’un jour, 1 2 3 4 5 6 7 8 9 la voilà déjà le nez dans l’eau!
La tortue en est toute tourneboulée. Elle a beau refaire la course encore et encore, le 10 ne revient pas. Serait-ce un effet de la vieillesse ? La tortue est pourtant encore jeune!
Un oiseau a qui elle confie son inquiétude lui avoue qu’il a le même problème. Ses battements d’aile raccourcissent et il lui en faut de plus en plus pour atteindre la Terre. En espionnant les humains qui savent beaucoup de choses mais n’en font pas profiter les autres, il a découvert qu’il y avait trop de chimique dans le poisson. Le chimique avait des effets neurotoxiques sur les oiseaux et les tortues.
- Neurotoxiques ça veut dire qui fait rétrécir les nombres précise-t-il d’un air entendu.
Depuis qu’il sait cela, l’oiseau est résolument végétarien. La tortue tente de suivre son exemple. Bien sûr elle mange assez peu de poissons, préférant le goût poivré des méduses, mais si les poissons sont chimiques, les méduses doivent l’être aussi raisonne-t-elle. Ce n’est pas une mince affaire de résister à la tentation. La tortue mastique douloureusement les algues visqueuses en essayant de ne pas penser aux saveurs exotiques qui lui passent sous le bec. Tous ces efforts! La tortue est bouleversée en constatant que 1 2 3 4 5 6 7 l’eau lui arrive presque au menton. Le palmier commence à dépérir, c’est que l’eau salée est mauvaise pour son teint. Il est déjà si vieux qu’il ne s’en inquiète pas trop, mais par précaution il incite ses noix à aller s’installer plus loin.
- Naviguez sur les flots et trouvez-vous une terre accueillante et bien grande, leur conseille-t-il sagement.
La tortue est vraiment perplexe, car le palmier ne mange pas de poisson, en tout cas elle ne l’a jamais vu faire. Alors pourquoi ses nombres sont-ils aussi neurotoxés? Puisque c’est comme ça la tortue se remet aux méduses, c’est si bon! Il y en a tellement qu’il suffit de nager la gueule ouverte pour se rassasier. Ce n’est d’ailleurs pas très agréable de flotter dans cette gelée blanchâtre, même les coraux en ont perdu leur belle couleur rouge et leurs branches pendent mollement dans les vagues.
1 2 3 4 Plouf!
La tortue commence à paniquer. Le palmier a triste mine, il sent que c’est sa dernière floraison. Il fait très chaud et ça ne sera pas bon pour les jeunes tortues d’arriver si vite à la mer. Une course n’a aucun intérêt quand le but est si proche. Pauvre tortue, elle n’ose même plus compter. Elle aimerait bien avoir des nouvelles des humains mais l’oiseau ne se pose plus sur la petite île.
1 2 3 4, 4!
Pour la première fois 4, comme avant. Pas 3 mais 4! La tortue refait le trajet plusieurs fois pour en être bien sûre. A reculons, les yeux fermés, elle trouve toujours 4. Peut être qu’elle est guérie et que l’île va regrandir. Peut-être que la prochaine fois elle sera à 5, puis 7, 9 et enfin 10! Dix, le chiffre idéal pour la course des tortues.
La tortue a beau compter, elle trouve toujours 4. Parfois, avec les tempêtes qui se déchaînent l’île disparaît même complètement sous l’eau. Ce n’est pas bien grave car les palmiers sont morts depuis longtemps et la tortue s’est fait une raison. Elle est même surprise de retrouver l’île à chaque fois. Elle pond ses oeufs en chantonnant, regarde ses petits faire leur trop courte course vers la mer et repart. Au moins elle a encore des enfants, pas beaucoup mais pour une vieille tortue ce n’est pas étonnant.
Ses enfants sont comme tous les enfants. Ils refusent d’apprendre à compter et harcèlent la tortue pour qu’elle leur raconte des histoires.
- Autrefois, je savais compter jusqu’à 10 les réprimande-t-elle en ronchonnant.
Cela la plonge dans une profonde tristesse, savoir compter jusqu’à 10 sur une île si petite quelle bêtise! Le palmier ne lui tient plus compagnie, les oiseaux non plus. Les poissons ont presque disparu, de toutes façons ils n’avaient pas beaucoup de conversation. Les petites tortures sont pressées de partir pour leur grand voyage, elles ne reviendront sûrement pas. La vieille tortue est seule sur Terre.
Il y a quelques jours, un bateau a accosté sur la petite île. Des hommes ont débarqué, ils ont prit des mesures compliquées, noté des tas de nombres bien plus grands que 10. L’un deux, un paresseux, est allé se reposer un moment sous les restes d’un grand palmier desséché. Son regard est tombé simplement sur une large carapace de tortue. L’homme touche la carapace du bout des doigts. Il n’a jamais rien vu de pareil. Ses compagnons le tirent de sa rêverie, se moquent de lui qui paresse au lieu de travailler. Le bateau reprend la mer et l’homme regarde s’éloigner l’île et son squelette de palmier. Ce n’est déjà plus qu’un point brillant sur l’horizon. Alors, prit d’une inspiration subite, il se tourne vers les autres et commence à parler.
- Tout allait bien dans le temps dit-il. Il y avait assez de poissons, d’animaux et d’oiseaux pour tout le monde. Il y avait une tortue et il y avait une île.
Ses compagnons se turent pour l’écouter.
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