Une sortie pour petits et grands parisiens; l'exposition araignées à la grande galerie de l'exposition. Vous ne serez pas déçu...
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Une histoire d'araignée
C’était une petite araignée très commune: un ventre marron,
huit pattes graciles, pas venimeuse pour deux sous. Les gens savants l’appelaient Uloboridae quand ils s’intéressaient à elle, mais ce nom ne lui
plaisait pas vraiment. Leur manière surtout de prononcer l’italique l’agaçait beaucoup.
Pour lui faire plaisir, ses amis l’appelaient Lyrae. Ils la
trouvaient un peu toquée. La petite Lyrae s’obstinait à ne sortir que la nuit, et encore, au lieu de chasser sérieusement, elle fixait fixer une étoile. C’était un passe-temps plutôt risqué. A
trop regarder le ciel elle n’en voyait pas venir les prédateurs! Heureusement, ne sortir que la nuit la protégeait au moins du terrible balai et les humains n’osaient pas la
toucher.
- Araignée du soir espoir, chantonnaient-ils en la
voyant.
Pauvre Lyrae! C’est vrai qu’elle était folle, complètement
amoureuse de cette étoile qui remplissait le ciel. La petite araignée était d’un bon naturel, mais sa passion la rendait nerveuse. Elle vouait à une haine farouche aux nuages qui lui cachaient sa
bien-aimée, et à la lune qui lui faisait de l’ombre. Ses amis la taquinaient, mais ils étaient un peu inquiets.
- A force de ne rien manger, répétaient-ils, tu vas devenir si
légère que le moindre souffle t’enverra droit dans ton étoile, tu seras bien avancée!
Est-ce une de ces moqueries qui planta une idée bizarre dans le
petit cerveau de Lyrae? Elle commença à penser que peut être elle pourrait bien monter jusque là-haut. La petite araignée élabora toutes sortes de plans rocambolesques. Son favori consistait à
envoyer un de ses précieux fils de soie sur le sol étoilé et à le grimper tranquillement. Cela paraissait possible, après tout elle arrivait déjà sans peine à grimper en haut de la grande
armoire.
Il lui fallait prendre des forces se dit-elle. Lyrae sembla
délaisser son rêve et reprit un rythme de vie raisonnable. On la vit soucieuse d’avoir une alimentation équilibrée, et elle ne dédaigna aucune occasion de se mesurer avec les autres araignées.
Ses amis en furent ravis. Il ne la voyait pas s’entraîner en cachette. Lyrae tentait chaque jour d’envoyer un minuscule fil de soie vers le ciel. Au début, ses efforts furent peu concluants, mais
chaque jour le fil grandissait un peu plus, et un jour…. Le fil de soie invisible resta fermement ancré dans le sol de l’étoile! Lyrae faillit s’étouffer de joie. Mais c’était vraiment une
araignée très obstinée, car au lieu de se précipiter vers le ciel, elle s’obligea à préparer soigneusement la suite de son voyage. Elle entreprit de tisser un petit sac de soie pour envelopper
toute une cargaison de gouttes d’eau et de moucherons. Elle comptait hâler le sac derrière elle, car qui sait ce qu’elle trouverait à manger sur une terre étrangère?
Enfin tout fut prêt pour l’ascension. Au début du voyage, le
fil tremblait dans l’atmosphère, et dès que Lyrae jetait un oeil vers le bas elle se sentait défaillir. Au bout de six jours la petite araignée se sentit mieux; elle ne distinguait plus très bien
la Terre, et le fil restait plus calme. Elle se sentait même très légère et regrettait presque de ne pas avoir pris plus de provisions. Il fallu exactement vingt et un jours pour atteindre
l’étoile. Le vingt et unième jour, Lyrae poussa un grand soupir de joie, ferma les yeux, et posa délicatement une patte sur la surface brillante tant convoitée.
Aie aie aie. Quelle chaleur insupportable! La douleur était
telle que la pauvre petite araignée en lâcha son fil et tomba pitoyablement vers la Terre.
La chute fut plus courte que
l’ascension, et Lyrae n’eut la vie sauve que parce qu’elle retomba miraculeusement sur le coussin de la chaise longue du jardin. Elle était si choquée qu’elle resta là plusieurs jours, sans
songer à se cacher, tremblante et démoralisée. Une chance que les humains ne sont pas là, car elle aurait été écrasée plus d’une fois. C’est sur le coussin que sa grand-mère la découvrit enfin.
C’était une vieille araignée ridée, qui aimait beaucoup son nom d’Uloboridaeen italique. Elle se piquait d’être une grande savante. Pour le
moment elle était surtout en colère, cela faisait presque un mois qu’elle cherchait son idiote de petite fille. Quand elle eut fini de crier et que Lyrae put lui raconter sa mésaventure, la
vieille Uloboridae resta perplexe. Quelque chose l’intriguait dans cette histoire.
Ce fut une période sombre
pour les araignées. Lyrae passait ses journées prostrée dans un recoin pendant que sa grand-mère arpentait la maison en marmonnant des choses incompréhensibles, s’arrêtant parfois pour fixer
l’étoile d’un air menaçant. Beaucoup croyaient que la vieille Uloboridaeavait hérité de la folie de sa petite fille. Leur opinion aurait été
confortée s’ils l’avaient vu l’autre jour, pousser un cri de victoire et foncer à toute vitesse vers le recoin de Lyrae.
- Nous sommes deux idiotes
fut sa première parole, et elle enchaîna sur une longue démonstration qui laissa Lyrae indifférente. Pourtant, la petite araignée finit par lever la tête, et même par sourire. Elle avait compris
ce que sa grand-mère racontait: le fil de soie n’avait pas brûlé. La solution était évidente. En un temps record, Uloboridae tricota seize
chaussettes montantes en soie épaisse, pendant que Lyrae partait en chasse constituer un nouveau stock de provisions. Avec ces chaussettes il n’y aurait plus de problème pour arpenter l’étoile
sans se brûler!
Pourquoi seize chaussettes?
En vérité Lyrae avait réussi à contaminer Uloboridae. Contre tout bon sens la vieille avait décidé de participer à l’aventure. A la première nuit
de beau temps, les deux araignées s’engagèrent sur le petit fil de soie, les pattes soigneusement enveloppées dans leurs chaussettes, traînant derrière elles de gros sacs de provisions. Le voyage
fut un peu plus long que la première fois car Uloboridae n’avait plus les pattes de sa jeunesse. Lorsque enfin les deux petites araignées
arrivèrent au pied de l’étoile, Lyrae poussa un grand soupir.
- Grand-mère dit-elle, ça devrait être à toi de faire le
premier pas, car nous n’y serions jamais arrivées sans toi. Mais si ça devait mal tourner, je préfère que ce soit moi qui…
Elle n’eut pas le temps de
finir. Uloboridaejaillit devant elle en hurlant “Géronimo” et atterri sur la surface de l’étoile. Pendant un bref instant, les deux araignées se
regardèrent, puis la grand-mère éclata de rire et se mit à gambader.
- Ouille ouille ouille, ça chatouille! Lyrae s’empressa de la
rejoindre dans cette course endiablée.
Au bout de trois mois, les
deux araignées avaient fait le tour de l’étoile et de leurs provisions. Quel déchirement ce fut de devoir retourner dans le jardin! Mais la perspective de revoir leurs amis égayait le cœur de
Lyrae. Elle commençait à se fatiguer un peu de sa vieille grand-mère. Et elle avait tant d’aventures à raconter! Si elle avait été seule, Lyrae aurait sauté pour arriver plus vite, mais
Uloboridaen’était pas si bête.
- Ne crois pas qu’il y ait des matelas douillets prêts à te
recevoir dans tous les jardins, répétait-elle en se laissant glisser le long du fil.
Personne ne s’attendait à revoir les araignées. On avait inscrit sans plus de cérémonie leurs noms sur le monument des victimes du balai, et la vie avait continué. Leur
retour fut l’occasion d’une grande fête, même si personne ne les croyait. On se souvient encore de la panique provoquée par la malicieuse Uloboridaelorsqu’elle exhiba une miette d’étoile qu’elle avait emmené. Elle faillit mettre
le feu à la maison! Mais quel succès! La grand-mère dut illico s’improviser productrice de chaussettes de toutes tailles. Tous voulaient emprunter le fil de l’araignée et visiter l’étoile. Ce fut
un aller retour incessant qui continue toujours aujourd’hui.
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